Histoire de Jeufosse et origine de Notre-Dame-de-la-Mer

par F. Moy, ancien maire de Jeufosse, et d’après l’Abbé Amaury, membre de la société française d’archéologie et des beaux-arts

Par-delà les plaines boisées bordant la Seine, sur un mont pittoresque, à l’extrémité Nord-Ouest du canton de Bonnières, s’élève en pleine verdure un oratoire sous le vocable de Notre-Dame-De-La-Mer.

Deux fois l’an, les premiers dimanche de mai et octobre, les pélerins des contrées avoisinantes viennent nombreux remercier la Vierge qui a permis aux Hommes de la mer, à deux reprises différentes de sauver la France de l’invasion.

L’origine de ce pélerinage remonte au IXè siècle, à l’invasion de la France par les Normands.

L’histoire nous rapporte que la Seine leur servit de chemin pour remonter jusqu’à Paris.

De 845 à 865, à cinq reprises différentes, les Vikings semèrent incendies, pillages et terreur sur leur passage, établissant des bases sur leur parcours dont la principale fut située à Fosse Gevaud, devenue par la suite Gefosse et de nos jours Jeufosse.

Là Reignier s’arrêtait en 846, et Hosery amarrait ses barques de 852 à 856 à une île appelée encore Ile de la flotte. Il s’y fortifiait répandant autour de lui des ruines et la terreur en attendant le moment favorable de se diriger vers Paris.

En 861, Brinon et Sidroc, chefs des barbares s’y cantonnent et, pendant plus de six mois, harcelèrent l’armée de Charles Le Chauve, roi de France.

Le roi est obligé de disséminer ses forces pour couvrir sa capitale et défendre les bords de la Somme, de la Loire, de la Charente et de la Gironde. Il se voit sur le point d’être refoulé jusqu’au-delà de Meulan, quand le salut lui vient d’une manière imprévue.

Le suédois Wiesland avait traversé la mer avec ses mercenaires et s’avançait pour recueillir sa part des trésors de notre patrie.

3000 livres pesant d’argent lui sont offertes s’il veut secourir Charles Le Chauve contre Brinon.

Le barbare accepte l’offre, remonte la Seine jusqu’à l’embouchure de l’Epte et s’arrête au lieu dit désigné de son nom Port-Viez, devenu Port-Villez.

L’ennemi est reconnu , la bataille livrée ; Brinon cerné entre deux armées capitule et obtient de Wiesland le passage pour retourner à la mer moyennant 7000 livres d’argent.

Un siècle plus tard, en 946, la Fosse Gevaud ou Jeufosse est encore le théâtre d’opérations militaires entre Richard 1er, Duc de Normandie, et Harold, Seigneur Norvégien.

Après la bataille gagnée par Louis d’Outremer, dans les plaines de Bonnières, Bennecourt et de Freneuse, ce fut à la Fosse Gevaud que les deux souverains se concertèrent pour conclure la paix qui resserra la Normandie dans ses anciennes limites.

Notre Dame de la Mer 3

C’est alors que les habitants de la Fosse Gevaud, secondés par ceux de Limetz qui avaient partagé les mêmes anxiétés et les mêmes terreurs, bâtirent à l’extrémité de la Seigneurie de Blaru, une petite chapelle dédiée à Notre-Dame-de-la-Mer à la place occupée par les Hosery, les Brinon et les Harold, rappelant la victoire de Wiesland venu de la mer pour délivrer la France et en face même du lieu de la défaite de Brinon et lui vouèrent un pélerinage annuel, non interrompu.

Détruite par les Huguenots au XVIè siècle, la chapelle fut rebâtie au XVIIè siècle et cédée au prieuré de Chauffour.

En 1794, elle fut vendue comme bien d’église.

Après la révolution, la statue de Notre-Dame-de-la-Mer fut déposée dans l’église paroissiale en attendant que l’on put bâtir un nouvel oratoire sur la colline.

Et ce fut l’abbé Le Barbu, curé de Jeufosse qui réussit en 1866 à édifier la nouvelle chapelle en l’honneur de Notre-Dame-de-la-Mer.

En 1950, le conseil municipal de la commune a fait aménager un Belvédère d’où l’on découvre un superbe point de vue sur la vallée de la Seine.
Vous qui êtes déjà venu à Jeufosse, dites à vos amis d’y venir ; dites-leur qu’ils y trouveront le meilleur accueil, des sites charmants, des coins ombragés, sa chapelle sous bois et son Belvédère avec son point de vue unique.